02
avr
08

“C’est vrai”

Extrait de C’EST VRAI (2h, 1 f)

“Qu’est-ce que la vérité sinon la cruauté de l’absurde ?”

A quel moment sait-on qu’on a raté sa vie ? Trois personnages confrontent leur vérité et se vengent du seul à qui ils n’ont jamais menti.

Maurice  (off)

Tout arrive. Le petit chien du café du coin assis chaque jour immuablement sur le seuil depuis des années trottait au bout de l’avenue. Il gravissait la pente sans se retourner, comme si la faim n’allait plus jamais le tenailler. Je me demandais s’il était en plein délire, le paroxysme du délire étant la lucidité. La lucidité, c’est la vérité qu’on découvre tout seul, quand on ne peut pas accuser quelqu’un de divaguer. Quand une feuille morte qui virevolte dans le vent annonce la mort du soleil. On est pris de convulsions comme si on était en permanence sous électrochocs parce qu’il y a eu une rupture de stock en camisoles de force et qu’on se dit que leur fabrication est probablement sous-traitée dans les pays sous-développés. Alors on s’en veut à mort d’être fou à lier dans nos sociétés privilégiées. Je me suis mis à hurler « sauve toi, sauve toi, sauve qui peut ! ». Pendant une seconde, on aurait dit la rue immobilisée par mes cris comme par la lave du Vésuve, la peur figée dans leurs regards poussiéreux, leurs prunelles démesurément larges à vouloir capter un rayon de lumière dans leur vie. Puis le petit chien s’est arrêté, il s’est assis sur son arrière-train au bord de la route. Les gens ont recommencé à brasser l’air pollué de leurs gestes futiles. J’ai essuyé mon front moite avec ma cravate que j’avais desserrée et je me suis dit « c’est pas encore pour aujourd’hui ».